Un pour tous, tous pour le bio ?

Vous vous posez la question de la pertinence de privilégier une consommation de fruits et légumes issue de l’agriculture biologique, Miam a mené l’enquête pour vous !

Commençons par définir l’agriculture biologique (AB) :

Née dans les années 1920 et officiellement définie en France en 1980 et dans l’Union européenne en 1991, l’AB est définie par le ministère de l’agriculture comme un « mode de production qui exclut l’usage des produits chimiques de synthèse, des OGM et limite l’emploi d’intrants ».
Dans toute l’Union européenne, le règlement CE n° 834/2007 précise l’ensemble des règles à suivre concernant la production, la transformation, la distribution, l’importation, le contrôle et l’étiquetage des produits biologiques.

Depuis le 1er janvier 2009, les critères français se sont alignés sur le label bio européen, moins contraignant qui autorise notamment la présence de traces accidentelles d’ OGM.
Il existe donc 2 labels de qualité :

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Le label bio français

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Le label bio européen qui remplace progressivement le logo AB français.

 

Et les pesticides ?

Un pesticide est une substance chimique utilisée pour lutter contre des organismes considérés comme nuisibles. Il comprend notamment les insecticides, les fongicides, les herbicides et les parasiticides.
La France est, en 2014, la championne d’Europe pour l’utilisation des pesticides avec 59000 tonnes.
Les pesticides les plus utilisés sont les désherbants.
La loi Grenelle II prévoit que « le Gouvernement transmet chaque année au Parlement et rend public un rapport sur le suivi des usages agricoles et non agricoles des produits phytopharmaceutiques en France, ainsi que sur les avancées de la recherche agronomique dans ce domaine ».
Les résidus de pesticides sont présents dans tous les organes de la plante et non seulement sur la peau des fruits et légumes.
Des lois ou directives de l’Union européenne imposent des seuils à ne pas dépasser au quotidien mais que penser de l’accumulation des pesticides ? Les scientifiques nous répondent …

La vraie question : y a-t-il un intérêt pour nous consommateurs à acheter nos fruits et légumes bio ?

Fin novembre 2016, l’ITAB, l’Institut technique de l’agriculture biologique, a remis son rapport « Quantifier et chiffrer économiquement les externalités de l’agriculture biologique ? », commandé par le ministère de l’Agriculture.
En partenariat avec l’INRA (Institut National de la Recherche Agronomique), ce rapport s’appuie sur 280 études scientifiques et propose 3 axes : environnement, santé humaine et performances sociales.
Celui-ci explique que  « des liens sont avérés ou plausibles entre expositions chroniques aux pesticides et certains types de cancers, des maladies neurologiques, des troubles de la reproduction et du développement. Des effets sont aussi suspectés pour d’autres pathologies telles que les maladies respiratoires, les troubles immunologiques, et des troubles du comportement ».

Sur le plan environnemental, l’AB permet aussi d’éviter la contamination des eaux superficielles et souterraines et de diminuer leur teneur en nitrates.

Globalement, les scientifiques sont d’accord pour affirmer que l’AB est meilleure pour la santé et pour l’environnement.

Si vous avez envie de lire le rapport, c’est ici :
www.itab.asso.fr/downloads/amenites/amenites-ab-rapport-nov2016.pdf

L’ONU plaide aussi dans un rapport paru en 2017 pour un nouveau traité voire un abandon des pesticides devenus une menace pour l’environnement où l’eau se contamine, les sols se dégradent, les agro-écosystèmes sont perturbés avec des rendements qui s’effondrent souvent, au détriment de la santé et des générations futures.

Alors oui au Bio mais oui au Bio français !

Nous vous avons déjà expliqué que les fruits et légumes produits localement sont à privilégier pour votre santé et pour la planète (voir l’article tendance locavore).

L’AB locale est donc la meilleure manière de consommer les fruits et légumes.
Et c’est là où ça se complique car l’AB ne représente que 5% du territoire agricole français !

Le marché des fruits et légumes bio a certes augmenté ces dernières années, si bien que l’on peut en trouver facilement au rayon fruits et légumes de nos supermarchés, mais au profit de pays exportateurs tels que l’Espagne ou le Maroc.

Vous vous demandez pourquoi l’agriculture française est si peu tournée vers le bio ?

L’AB, un vrai parcours du combattant pour les agriculteurs !

Principalement parce que les coûts de productions sont plus importants pour les agriculteurs, mais aussi parce que pour rentrer dans les critères du bio, il faut respecter 2 conditions :
– ne pas utiliser d’organismes génétiquement modifiés et/ou de tout produit dérivé desdits organismes
– convertir les parcelles pendant au moins une génération ou, s’il s’agit de cultures pérennes, deux périodes de végétation.

Les opérateurs en agriculture biologique doivent notifier leur activité auprès de l’Agence Bio chaque année et le contrôle des conditions de production est réalisé par des organismes certificateurs agréé par l’INAO (Institut national de l’origine et de la qualité, établissement public, rattaché au ministère chargé de l’Agriculture) et accrédité par le Comité français d’accréditation (COFRAC).

Un peu d’espoir… L’ex-ministre de l’agriculture, Stéphane Le Foll, a lancé cette année le programme « bio avenir » ayant pour objectif de doubler le pourcentage de surface agricole en agriculture biologique d’ici fin 2017 par rapport à 2012, soit 10% ! C’est encore trop peu …

Finalement, comment s’y retrouver ? Faut-il consommer tous les fruits et légumes issus de l’AB ?

Tous les fruits et légumes dans le même panier ?

Selon le Environmental Working Group, il n’est pas nécessaire d’acheter tous ses fruits et légumes bio.

Alors que certains font partie de la « dirty dozen », soit la liste des 12 fruits et légumes les plus contaminés par les pesticides et qui devraient être préférentiellement achetés bio comme la cerise, la fraise, la pomme, la pêche et nectarine, le raisin, le céleri, la pomme de terre, l’épinard, la salade, le kale ou le poivron. La DGGCRF y rajoute les poireaux et les agrumes si utilisation des zestes.

D’autres ne nécessitent pas ou peu de pesticides et peuvent être achetés issus de l’agriculture conventionnelle, c’est la « clean 15 » : kiwi, ananas, pastèque, pamplemousse, patate douce, maïs, asperge, petits pois, champignons, aubergine ou oignon (grâce au sulfure) ; ou d’autres qui ont une peau épaisse tels que l’avocat ou le melon.

Le bio est-il bon aussi pour son porte monnaie ?

Malheureusement non… selon une étude de 60 millions de consommateurs, manger bio coûte environ 65 % plus cher que le conventionnel.

En conclusion, manger des fruits et légumes est indispensable,  priorité aux fruits et légumes de saison et cultivés localement et lorsque c’est possible bio c’est encore mieux, surtout pour ceux consommés avec la peau ou faisant partie de la « dirty dozen ».

Mangez des fruits et légumes variés, de saison et produits localement, et n’oubliez pas de vous régaler !

 

Article rédigé par Mathilde Gibeaux, diététicienne à Neuilly sur Marne et Présidente de l’association Miam
www.mathildegibeaux.fr

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